Dans les plaines du Menabe et du Melaky, une révolution agricole silencieuse est en marche
Grâce à l’appui du Projet AD2M II du Ministère de l’Agriculture et de l’Élevage avec le financement du FIDA, les producteurs familiaux ont redonné vie à la culture du maïs, suivant les pratiques culturales innovantes et associée désormais aux légumineuses pour plus de rendement, de résilience et de durabilité.
Avant : des terres sous-exploitées, des rendements faibles
Dans ces régions, la culture pluviale dominait. A Melaky, le maïs était semé en saison humide, les haricots en période de décrue, mais de vastes surfaces restaient en friche. Les rendements plafonnaient à 1,5 tonne/ha et les aléas climatiques (saisons de pluie plus courtes, sécheresses imprévisibles) rendaient l’agriculture instable.
Une stratégie intégrée pour changer d’échelle
Le projet a introduit une approche complète tout en introduisant la culture associée du maïs et des légumineuses : champs écoles paysans (CEP), accès aux intrants (semences, insecticides, matériels), soutien constant aux dynamiques collectives locales. Résultat : Une hausse des rendements jusqu’à 4 tonnes/ ha en maïs, et de 800 à 1 800 kg/ha en haricot. Ce fût le cas à Ankiliabo, dans le district de Manja, où 140 producteurs – dont 80 femmes – ont participé à 12 CEP.
Mieux produire, plus souvent
Les producteurs apprennent à mieux observer leur environnement pour planifier leurs cultures en fonction des conditions climatiques et hydrologiques. À Betsiriry, certains cultivent désormais du maïs jusqu’à trois fois par an. Chaque cycle est soigneusement adapté à l’humidité du sol, aux risques de crue et aux besoins du marché. Et la motorisation a permis d’exploiter des surfaces plus larges à moindre coût.
Structurer la filière, sécuriser les débouchés
Le projet a également accompagné les producteurs dans la contractualisation avec des acheteurs (SAHANALA, LFL), garantissant des prix transparents, une planification conjointe et des opportunités d’emploi pour les jeunes.
« Je suis devenu peseur pour la coopérative. Avant, je ne savais même pas que ce métier existait », raconte Faly, 23 ans.
Semences de qualité : autonomie locale assuré
Un levier majeur de ce changement est la disponibilité de semences améliorées. En partenariat avec le FOFIFA, le projet a formé les paysans selon un protocole rigoureux de certification. Les semences IRAT 200 pour le maïs, RI52 et Begidro pour le haricot sont désormais produites localement, sur des parcelles supervisées, respectant les normes du Service Officiel de Certification (SOC).
Cette production locale garantit un accès abordable aux semences tout en renforçant l’indépendance des communautés.
Faire face aux défis : adaptation continue
Chenilles légionnaires, retards, capacités d’investissement limitées, conditions de stockage inadéquates… À chaque difficulté, des solutions locales : lutte biologique, maisons de stockage sur pilotis, coordination renforcée entre coopératives et opérateurs. L’accompagnement des socio-organisateurs a été déterminant.
Des résultats concrets
Entre 2022 et 2024 :
- +12 % de production de maïs à Menabe
- +24 % à Melaky
- Le prix du kilogramme de maïs multiplié par 5 en 10ans (passant de 300 à 1 500 ariary)
Les producteurs sont passés d’une agriculture de subsistance à une agriculture commerciale.
« Aujourd’hui, près de la moitié du maïs que nous collectons provient directement des producteurs. Ils sont mieux organisés, plus fiables et capables de répondre à la demande. » confirme un responsable de LFL.
Une dynamique à consolider
La transformation est engagée. Il reste à :
- renforcer les capacités des coopératives
- institutionnaliser les filières locales de semences
- améliorer l’accès aux intrants et aux financements
- renforcer la résilience face aux aléas climatiques
Mais l’essentiel est là : des producteurs motivés, des pratiques éprouvées, une agriculture en transition.
« On sait aujourd’hui quand, quoi, et pourquoi planter. Même avec les changements climatiques. » — Roseline Marie