La quarantaine épanouie, Norosoa Angela est une agricultrice passionnée. Elle est bénéficiaire des travaux HIMO de curage et de drainage du périmètre de Saharevo, Ilaka-Centre, dans le District d’Ambositra, Région Amoron’i Mania. Ces travaux, réalisés en octobre 2024, grâce au programme DEFIS en partenariat avec l’Organisation Internationale du Travail (OIT), ont permis d’améliorer considérablement la productivité agricole dans cette région.
Pourquoi avez-vous choisi de travailler en tant qu’agricultrice à Ilaka-Centre ?

Angela, habitante du fokontany d’Ambaninandraina, Commune d’Ilaka-Centre, prend très au sérieux son rôle d’agricultrice. Pour elle, l’agriculture n’est pas seulement un moyen de subsistance, mais un véritable moteur de développement pour sa famille et sa communauté.
Norosoa Angela : Je viens de Manakara, dans la région Fitovinany. Lorsque j’ai épousé mon mari il y a une vingtaine d’années, je l’ai rejoint à Ilaka-Centre, où sa famille est profondément enracinée dans l’agriculture. J’ai rapidement suivi leurs pas, car ici, l’agriculture est plus qu’un métier, c’est un mode de vie et surtout une responsabilité. Aujourd’hui, mon mari s’est tourné vers d’autres activités, et je suis seule à gérer nos terres agricoles à Amboninandraina.
Quelles sont les responsabilités d’une agricultrice comme vous ?
N.A : Être agricultrice, c’est avant tout travailler la terre pour en tirer les fruits. Mon rôle est d’assurer que ce que nous plantons prospère pour nourrir notre famille et que nous parvenons à vendre nos récoltes. Cela fait maintenant quinze ans que je m’occupe des cultures. Nous cultivons principalement du riz, ainsi que des produits de contre saison comme les pommes de terre et les haricots. Nous exploitons un hectare de terre, ce qui demande une gestion quotidienne minutieuse pour maximiser les rendements et soutenir notre communauté.
Racontez-nous comment se déroule la journée d’une mère de famille agricultrice.

N.A : Avec mes quatre enfants, la gestion de la famille et de l’exploitation agricole demande une organisation rigoureuse. Quand ils étaient petits surtout, ce n’était pas toujours simple, mais j’ai appris à structurer mes journées. Mon secret, c’est l’organisation et surtout, le fait d’être une lève-tôt. Dès 4h ou 5h du matin, je suis déjà aux champs. Cela me permet de vérifier l’état des plantations, de surveiller leur croissance ou de m’assurer qu’elles n’ont pas été endommagées par des animaux ou des voleurs. Je regarde aussi l’humidité du sol, puis, selon les besoins des cultures, je procède au sarclage, au drainage, ou à la récolte. Je fais appel à des travailleurs pour les tâches les plus lourdes, comme le labour ou la plantation de semis pour la riziculture, mais je reste présente pour superviser chaque étape. C’est un travail d’équipe, et je tiens à être au courant de tout ce qui se passe sur nos terres.
Entre ces responsabilités agricoles, je dois aussi veiller à ce que ma famille mange à sa faim matin, midi et soir. Avec mon mari, nous nous répartissons les tâches domestiques, notamment la cuisine. Même avec ce rythme effréné, je prends soin de mon mari pour qu’il se sente soutenu. L’équilibre entre la gestion de la terre et la vie de famille est parfois difficile à trouver, mais c’est une question de discipline et de dévouement.
Comment vous organisez-vous pour la récolte et la vente ?
N. A : L’agriculture est un travail exigeant qui demande de suivre toute la chaîne, de la production à la vente. Heureusement, nous avons la chance de pouvoir commercialiser nos produits. Chaque saison, nous envoyons environ 20 tonnes de pommes de terre sur le marché, et près de quatre mille gobelets de haricots. Nous travaillons avec des collecteurs qui viennent chercher nos produits, ou bien nous les livrons directement à des grossistes qui se chargent de les distribuer à leurs clients. Nos pommes de terre, par exemple, partent vers les marchés de Toliara, Mahajanga et Manakara. Quant au riz, il est en partie consommé sur place, vendu localement ou acheté par des fokontany et communes avoisinants.
Mais avant d’arriver à cette étape, il y a tout un travail préparatoire : le labour, la mise en terre des semis, le drainage, le tri des produits selon leur qualité et leur taille, la mise en sac, et enfin, le transport. Ce transport se fait parfois à dos d’homme, en charrette ou en camion, selon les besoins. Nous ne travaillons pas seuls, c’est toute une équipe qui nous aide dans ces différentes étapes. L’agriculture ici à Ambaninandraina, c’est ma petite entreprise et il faut la faire tourner avec rigueur et organisation pour en assurer le bon fonctionnement.
Vous avez participé aux travaux HIMO de curage de canal pour irriguer le périmètre de Saharevo, menés par le programme DEFIS et l’OIT. Pourriez-vous partager votre expérience en quelques mots ?
N.A : Oui, j’y ai pris part parce que ces travaux étaient essentiels pour garantir une bonne saison agricole. Les canaux d’irrigation de Saharevo avaient été gravement endommagés par les fortes pluies il y a sept ans. L’eau, au lieu de nourrir nos terres, s’est déviée ailleurs, provoquant une sécheresse totale à certains endroits, et des inondations dans d’autres. Sur une surface de 80 ares, nous avons à peine récolté dix sacs de pommes de terre, alors que normalement, nous en aurions eu quarante.
Avant ces dégâts, les conditions nous permettaient de faire deux récoltes de riz par an. Mais ces dernières années, il n’était parfois même plus possible d’en obtenir une seule. Nos rizières étaient soit sèches, soit submergées par l’eau. Grâce à ces travaux de curage et de drainage, nous espérons désormais récolter au moins soixante sacs, soit quatre tonnes de riz par hectare.
Ces difficultés font partie des réalités du métier d’agriculteur. Il est important de ne pas se décourager, car notre travail ne consiste pas seulement à cultiver, mais à produire pour que nos compatriotes puissent se nourrir. C’est un défi constant, mais c’est aussi un engagement pour le bien-être de toute la communauté.
Quel conseil donneriez-vous aux femmes qui souhaitent réussir dans l’agriculture comme vous ?
N.A : L’agriculture est un secteur qui nous fait vivre depuis de nombreuses années, malgré ses hauts et ses bas. Quant à savoir si j’ai « réussi », je ne pense pas que ce soit le terme approprié. Mon rêve, c’est de devenir une véritable professionnelle de l’agriculture. Il me reste encore beaucoup à apprendre et à développer, tant en termes de savoir-faire que d’élargissement de nos activités, au sens propre comme au figuré.
Ce que je conseille, c’est avant tout d’aimer ce que l’on fait. Que l’on soit homme ou femme, il faut une véritable passion pour le travail de la terre pour trouver la motivation nécessaire au quotidien. Pour les femmes, il y a effectivement des défis supplémentaires, entre les responsabilités familiales et la gestion du foyer, mais cela ne doit pas être un frein. Il est crucial de s’organiser, de mettre en place un programme d’activités, un calendrier clair. Nous n’avons pas besoin d’attendre que les hommes fassent tout pour nous. Nous avons les capacités de réussir par nous-mêmes et de mener nos projets agricoles de manière autonome et épanouissante.