
Quand la machine redonne du souffle à l’agriculture familiale
La région Melaky est une des zones les plus enclavées de l’ouest malagasy . Longtemps dépendants de la traction bovine, les producteurs se retrouvaient, avec l’insécurité et les aléas climatiques, face à une impasse : des terres disponibles, mais sans les moyens de les exploiter. Le projet AD2M-II du Ministère de l’Agriculture et de l’Elevage, avec l’appui du FIDA, a relevé ce défi en introduisant progressivement la motorisation agricole auprès des exploitants familiaux.
Le Fonds de Développement Agricole (FDA) : mécanisme de financement et de responsabilisation
Grâce au FDA, les organisations paysannes ont pu accéder à des motoculteurs via un système de cofinancement. Loin de la logique de dons, chaque coopérative s’est engagée à fournir un apport financier, même modeste, renforçant ainsi son implication.
« Nous ne faisons pas de dons gratuits. Chaque projet implique un apport, aussi symbolique soit-il. C’est cette contribution qui engage les bénéficiaires sur le long terme. », explique le directeur régional du FDA. En deux ans, (2023 et 2024), 21 motoculteurs machines ont été octroyées, stimulant l’activité agricole dans les périmètres irrigués peu exploités. L’intervention a aussi permis de structurer et de professionnaliser les coopératives locales.
Un quotidien transformé, notamment pour les femmes
Les appuis du projet ont posé les bases d’un modèle économique et organisationnel autonome. Les organisations ont été accompagnées dans la planification de leur exploitation, la rédaction des dossiers et la mise en place de comités internes de gestion. « Aujourd’hui, nous nous organisons collectivement pour l’usage du motoculteur, prévoyons son entretien et nous avons appris à gérer un bien commun », souligne Fiadanana, secrétaire de la coopérative Taninketsa.
L’accès aux motoculteurs a permis à de nombreuses agricultrices, comme Stella Antsosoa, agricultrice à Amboaniodimy, de passer de 0,5 à 7 hectares de riziculture. Elle forme aujourd’hui d’autres femmes à la culture mécanisée. « Le motoculteur, c’est plus qu’un outil. C’est une liberté. On gagne du temps, on peut planifier. Et surtout, on agit. » Dans plusieurs coopératives, ce sont les femmes qui pilotent désormais les machines, gèrent les calendriers de culture et participent activement aux décisions stratégiques.

SAHANALA : un partenaire privé au service du développement local
L’entreprise agroalimentaire SAHANALA, spécialisée dans l’agrégation agricole, a construit avec les producteurs un modèle qui permet de structurer la chaîne de production avec un système d’avance en nature (labour, semences, produits phytosanitaires), à rembourser de manière différée à la récolte. Une contractualisation tripartite engage les producteurs, leurs associations, la commune et l’entreprise. « Ce modèle fonctionne car il est co-construit avec les producteurs », souligne Tiana, responsable opérationnelle de SAHANALA dans la région.
Une filière maïs en pleine structuration
En trois campagnes, les volumes collectés sont passés de 400 à 2 700 tonnes. La motorisation, les formations sur la qualité du produit, la régulation de la saisonnalité grâce à l’irrigation, et la logistique locale ont permis cette montée en puissance. De nouveaux métiers sont apparus, comme celui de peseur, souvent exercé par des jeunes.
Des défis à relever
- Techniques : usure des équipements liée aux racines profondes présentes dans les sols.
- Institutionnels : faible traçabilité des paiements vers les communes, absence d’assurance pour les producteurs.
- Sociaux : méfiance des organisations paysannes envers les contrats, freinée par l’analphabétisme.
Le projet a répondu par des actions ciblées : explications simplifiées, adaptation des contrats, sensibilisation locale.
La réussite de l’expérience à Melaky repose sur un écosystème cohérent : accès au financement adapté, structuration des organisations paysannes, accompagnement technique, contractualisation et logistique post-récolte. La réussite repose sur une complémentarité entre acteurs publics et privés, une démarche de proximité et une forte implication communautaire. La présence des producteurs dans les instances de décision, comme le conseil d’administration de SAHANALA, renforce cette gouvernance paysanne.
« Ce que nous avons construit, ce n’est pas juste une méthode. C’est une manière de croire en notre avenir. ». – Stella