
_______ Autrefois fleuron de l’économie agricole malagasy , le café retrouve progressivement ses lettres de noblesse dans le Sud-Est du pays grâce au Programme DEFIS , une initiative du Ministère de l’Agriculture et de l’Élevage, financée par le FIDA. L’enjeu est double : revitaliser une filière en déclin et renforcer la résilience économique des petits producteurs face aux chocs climatiques et au vieillissement des caféiers.
Le café : un patrimoine agricole à régénérer
Introduit à Madagascar dès le XIXe siècle, le café malagasy – principalement Robusta dans le Sud-Est – a longtemps constitué une source majeure de devises. Pourtant, dans les années 1990, la filière s’effondre. Rendements en chute libre, plantations vieillissantes, pratiques peu durables, faible valeur ajoutée : l’abandon guette. C’est dans ce contexte que DEFIS intervient depuis 2020 avec une vision claire : soutenir la relance d’une filière stratégique à fort potentiel inclusif.
Des producteurs engagés pour le renouveau
À Mananjary, Rakotoniaina Fils, un agriculteur sexagénaire, habitant la commune rurale d’Analavory, héritier d’un champ de café de 4 hectares, témoigne du déclin : « Avant, un pied donnait 10 kg de grains. Aujourd’hui, à peine 3 kg… »
Grâce à l’introduction de techniques de régénération des caféiers, il a entamé un processus de recépage (taille à 30 cm du sol, conservation d’une tige tire-sève, protection par cendre ou charbon). Son exploitation devient aujourd’hui une ferme-école, appuyée par DEFIS, où les membres de l’OP “Tsararindra” apprennent les bonnes pratiques agroécologiques.
Des pépinières pour la durabilité

Dans les régions de Vatovavy, Fitovinany et Atsimo Atsinanana, 75 pépinières villageoises ont été mises en place. Elles assurent une production continue de plants de qualité – jusqu’à 10 000 caféiers et 2 000 plants d’ombrage par site et par campagne. À Mitanty Ouest, Dominique, pépiniériste formé par DEFIS et le Tranoben’ny Tantsaha, gère une pépinière de 8 700 plants. Son activité lui assure un revenu stable et durable, tout en fournissant des OP structurées en jeunes plants adaptés.
« C’est une activité agricole à part entière. Elle me permet de faire vivre ma famille et de former d’autres producteurs », confie Dominique.
Grâce au programme DEFIS, Dominique a fourni 3 600 pieds de caféiers à des Organisations Paysannes structurées. Sa clientèle est composée d’autres cultivateurs producteurs de café.
Structuration, qualité, marché : une chaîne de valeur repensée

Cinq coopératives – MIARADIA, FANILO, KOMAMI, VKOMAMI et MMH – structurent aujourd’hui la filière café dans la région. Ensemble, elles regroupent 755 producteurs et commercialisent 70 tonnes par campagne. DEFIS appuie la structuration des
organisations paysannes, la valorisation locale du produit et la commercialisation différenciée selon la qualité.
À Andemaka (Vohipeno), l’installation d’une unité de transformation moderne marque un tournant. Exploitée par l’Union VKOMAMI (Vondron’ny KOoperativa MAtatana MIray) qui regroupe neuf coopératives, elle permet un traitement à la fois par
voie sèche et par voie humide (méthode premium), garantissant un café homogène, fermenté, séché au soleil, vendu sous la marque “Kafé tena tsara”, 100 % Robusta naturel.
Le café brut se vend autour de 12 000 Ar/kg. Torréfié et emballé, il atteint 28 000 Ar/kg, et jusqu’à 48 000 Ar/kg pour les lots premium, selon les normes de qualité.
Résultats et perspectives d’impact :
- 755 producteurs formés, 85 % appliquent les nouvelles techniques
- 969 033 plants de café mis en terre
- 100 000 caféiers recépés sur 62 ha
- Taux de survie des plants : 95 %
- Rendement multiplié par 3 par pied
- Une production de 597,57 tonnes de café brut en 2024 soit environ plus de 6 milliards d’ariary de chiffre d’affaires
- Une unité de transformation capable de traiter jusqu’à 30 tonnes de café par an
Grâce au Programme DEFIS, le café redevient un vecteur d’emploi rural, de cohésion sociale et de valorisation des savoir-faire paysans. De la formation technique à la commercialisation structurée, en passant par l’appui aux jeunes et femmes pépiniéristes, la filière se renforce dans une logique de chaîne de valeur inclusive et durable.
En termes d’exportation, le café occupe la cinquième place parmi les produits agricoles malagasy , après la vanille, les légumineuses, les huiles essentielles et le cacao. À l’échelle mondiale, le café est la seconde marchandise échangée après le pétrole. Chaque année, 125 millions de personnes vivent de la culture du café, dont 25 millions de petits producteurs.
Avec une hausse de la production prévue de 20 % d’ici 2026, DEFIS ambitionne de positionner le café malagasy sur les marchés européens et asiatiques, en misant sur la traçabilité, la qualité, l’origine et le label bio.
« Nos coopératives sont prêtes à produire plus et mieux. L’exportation peut vraiment transformer nos vies », affirme Virginia Rakotonirina, vice-présidente de VKOMAMI.