Dans la région semi-aride de l’Androy, au sud de Madagascar, la culture de l’arachide devient un moteur de résilience économique et de transformation rurale. Grâce au Programme DEFIS – une initiative du Ministère de l’Agriculture et de l’Élevage, financée par le Fonds international de développement agricole (FIDA) – la filière arachide connaît une dynamique nouvelle, inclusive et durable.
Une opportunité pour 5 000 petits producteurs
Depuis 2021, plus de 5 000 producteurs, organisés au sein de 194 Organisations Paysannes de Base (OPB), ont bénéficié d’un accompagnement technique, de formations innovantes, et d’un soutien structurant. Résultat : une amélioration notable des pratiques agricoles, une productivité accrue et des revenus qui évoluent positivement. Dans le District de Bekily, environ 8 000 hectares sont désormais exploités pour l’arachide, produisant environ 9 600 tonnes dans un environnement agroécologique favorable.

« Le sol ici est parfait pour l’arachide. Avec des cultures complémentaires comme le sorgho, la diversification devient une réalité», explique Edmond Randrianantenaina, Responsable du Tranoben’ny Tantsaha à Bekily.
Diffuser l’innovation par la formation paysanne
Le Programme DEFIS place l’innovation agricole au cœur de son action. Des paysans relais formés dans des champs-écoles transmettent des techniques adaptées : espacement des semis, rotation culturale, utilisation rationnelle des intrants, pratiques agroécologiques… autant d’approches qui allient productivité et gestion durable des ressources naturelles.

« Ces pratiques transforment l’approche traditionnelle et renforcent la rentabilité des exploitations agricoles familiales », témoigne Johnny Beni Lauréat Tsiagnangara, Conseiller en gestion des exploitations agricoles familiales (CGEAF) du Programme DEFIS.
Structuration paysanne : un levier d’autonomisation
Au-delà des techniques, le renforcement des capacités organisationnelles constitue un pilier central. En structurant les OPB au sein d’Unions de producteurs, DEFIS favorise l’accès au marché, la vente groupée et la négociation collective avec les acheteurs , une stratégie qui génère de la valeur ajoutée au niveau local.
« L’union ‘Taratra’ regroupe 14 OPB, avec un entrepôt collectif qui attire directement les opérateurs de marché », précise Laha Fiareta, producteur appuyé par le programme. Grâce à cette structuration, les prix sont plus avantageux, les débouchés plus sûrs, et les investissements des ménages agricoles – dans l’éducation, l’habitat ou le matériel – deviennent possibles.
L’arachide change des vies
Totona Crescent Randrianirina, producteur à Ambatosola : « Avant, je semais sans méthode.
Aujourd’hui, j’utilise des semences sélectionnées et des techniques précises. Mon rendement a doublé, et mes revenus aussi. »
Laha Fiareta, producteur depuis 2014 :
« Je récoltais 300 kg par hectare. Aujourd’hui, je produis jusqu’à 1,2 tonne. Grâce à cette filière et aux appuis, j’ai pu rénover ma maison, envoyer mes enfants dans de bonnes écoles et investir dans de nouveaux équipements. »
Sa production annuelle lui rapporte jusqu’à 10 millions d’ariary par campagne. En cultivant en plus le sorgho et les patates douces, il assure la sécurité alimentaire de sa famille toute l’année
Inclusion, équité et autonomisation au cœur du programme

L’adhésion aux OPB reste volontaire, mais les avantages sont évidents : accès à des formations ciblées, accompagnement technique, matériel agricole, appui à la commercialisation. Aujourd’hui, les 194 OPB sont fédérées au sein de 21 Unions et d’une organisation régionale couvrant l’ensemble du District de Bekily.
Le Programme distingue trois profils de bénéficiaires : producteurs aisés, moyens et vulnérables. Les deux dernières catégories bénéficient d’un appui renforcé pour surmonter les obstacles structurels.
« Depuis les appuis du programme, on observe une floraison des organisations paysannes, une amélioration des pratiques agricoles, et une maturité des mécanismes de vente groupée », analyse Edmond Randrianantenaina.